Le père Mateo Crawley proposa, à partir d’octobre 1908, aux familles qui le voulaient, d’accueillir chez elles, dans leur maison, une image du Coeur du Christ, ou une croix, ou une belle statue de Jésus au Coeur ouvert. Cette représentation est installée à la meilleure place dans la maison, « comme sur un trône », disait le père Mateo, d’où le terme d’« Intronisation ».
Le Coeur transpercé en est le signe et la source. L’image de ce Coeur, à la place d’honneur dans le foyer, témoigne de la place occupée par Dieu dans le coeur des membres de la famille. Elle est le signe de l’amour de Dieu dans leur vie, à la première place. L’amour est notre trésor et Dieu est Amour. Et le Coeur du Christ nous dit cet amour.
De la Croix, il fit son trône. Il changea la dernière place, la place des condamnés à mort les plus méprisés, en place d’honneur. De la Croix, il fit le sommet de l’amour. C’est là que son Coeur fut ouvert d’un coup de lance et de son Coeur transpercé naquit l’Église. Et ce Coeur transpercé devint pour toujours, pour les fils de l’Église, les baptisés, la révélation de l’amour infini de Dieu.
L’Intronisation ne consiste pas seulement en une image du Sacré Coeur de Jésus mise dans les maisons, elle n’est pas une simple cérémonie. Il s’agit de la visite de Jésus, vivant aujourd’hui, qu’il faut accueillir dans les familles et dans les cœurs. Le premier engagement de ceux qui « font l’Intronisation » consiste à reconnaître et à accueillir Jésus, chez eux, dans leur maison et dans leur vie, comme Marthe, Marie, Lazare, qui Le recevaient volontiers chez eux. Si on invite quelqu’un et qu’on lui réserve une place de choix, c’est qu’on a le désir de bien l’accueillir. L’image du Sacré Cœur à la place d’honneur dans la maison doit signifier, en premier lieu, la volonté d’accueillir vraiment le Christ que nous avons invité chez nous, en demandant l’Intronisation.
L’Intronisation n’est pas une décoration, elle n’est pas une récompense pour familles méritantes. L’Intronisation, c’est le Christ qui va à la rencontre des familles, telles qu’elles sont et les appelle à se transformer. C’est un appel au changement, un moyen de conversion, une expression de la compassion, de la miséricorde de Dieu. Elle exprime bien cela, la prière de la consécration familiale qui dit : « Nous voulons te consacrer la vie de notre famille dans la situation où elle se trouve aujourd’hui. Nous te consacrons notre passé, notre présent et notre avenir, notre maison, notre travail, et nos gestes les plus simples… »
Découvrir ou redécouvrir la prière du cœur à cœur avec Jésus, un moment tous les jours, le soir par exemple, devant l’image du Sacré Coeur, autour de laquelle un « coin prière » aura pu être aménagé. Accueillir le Coeur du Christ pour Le contempler, c’est redécouvrir ou intensifier la pratique des sacrements, notamment de l’Eucharistie, l’Adoration, notamment l’Adoration nocturne devant l’image du Sacré Coeur. Accueillir le Coeur du Christ, pour Le contempler, pourra être le moment de renouer avec la pratique du pardon, de la réconciliation. Accueillir le Christ pour Le contempler, c’est découvrir ou redécouvrir la saveur de sa Parole. Pourquoi ne pas placer le Livre des Évangiles bien en évidence, dans le « coin prière », auprès de l’image du Coeur de Jésus ? Pour la famille intronisante, contempler le Sacré Cœur de Jésus qu’elle a accueilli dans sa maison sera le moyen de faire, peu à peu, de celle-ci un authentique Cénacle, un nouveau Béthanie, « une Église domestique ». Ainsi, comme le disait le père Mateo, la famille intronisante « ne sera plus chez elle, mais chez Lui… Il prendra lui-même en main tous vos intérêts, toutes vos affaires. Vous viendrez célébrer près de Lui toutes les heures joyeuses et vous faire consoler aux heures douloureuses »
Le pape Pie X, sur l’ordre duquel le père Mateo lança dans le monde son apostolat familial, dira : « Sauver la famille, c’est sauver la société. » La famille est la cellule de base de la société. La famille est le premier lieu où se déploient les relations les plus intimes, où l’on accueille ceux qui nous sont les plus chers. La famille, c’est le lieu où l’on apprend à aimer. C’est la première école de l’amour.
Le père Mateo entend travailler à réaliser les promesses de Jésus faites à sainte Marguerite-Marie à Paray-le-Monial. Il veut travailler à l’accomplissement des promesses du Coeur de Jésus en faveur « des familles où son image sera exposée et honorée » : « Je toucherai les cœurs les plus endurcis. Je mettrais la paix dans les familles… Je bénirai toutes leurs entreprises. Je leur donnerai toutes les grâces nécessaires à leur état… »
Le père Mateo écrit lui-même : « C’est tout l’appel de Paray-le-Monial qu’il faut réaliser… C’est la raison d’être de l’œuvre que je prêche… Nous marchons au salut du monde par le Règne du Sacré Cœur et au Règne du Sacré Cœur par la complète réalisation de ses demandes à Paray-le-Monial. » Il était encouragé par les paroles du pape Léon XIII, affirmant : « Après le grand fait du Calvaire, il n’y a pas eu sur le monde de plus grand fait que celui de Paray-le-Monial. »
Aujourd’hui, la famille est parfois déchirée, recomposée, tiraillée. Elle est devenue multiforme : veuvage, monoparentalité, couple non marié… Aujourd’hui, les gens n’ont plus le temps, ils sont pressés, bousculés… Malmenée, la famille reste la grande espérance pour bâtir le bonheur, pour construire la civilisation de l’amour. Le Christ qui vient habiter dans les familles est celui qui a dit : «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et je vous soulagerai… Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » Les familles les plus perturbées peuvent entendre ces paroles et les entendre avec joie, comme une bonne nouvelle. Ces familles sont nombreuses aujourd’hui avec leurs fardeaux de toutes sortes : la désunion, la maladie, le deuil, la solitude, le chômage, la misère, la persécution, l’exil… Quelle que soit sa situation, le Coeur de Jésus dit à chacune de ces familles : « Je t’aime. Apprends à aimer. » C’est une dimension essentielle de l’Intronisation du Sacré Cœur dans les foyers. Faut-il se demander si telle famille est digne de l’Intronisation ? À cette question, le père Mateo répondait volontiers : « Zachée était-il digne? La famille de Béthanie était-elle digne? Simon le pharisien était-il digne? Jésus donne la priorité aux pauvres, aux petits, aux pécheurs, pour les appeler à la conversion, pour opérer en eux une transformation, une guérison véritable. C’est le même appel que le Coeur du Christ adresse aux familles qui l’intronisent chez elles.
Si introniser, c’est accueillir et contempler Jésus chez soi, c’est aussi accueillir sa mère, Marie.
Marie entonna ce cantique d’action de grâce : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur… » Modèle de l’Eglise, Marie est notre modèle, car nous sommes l’Église. Mais Marie est tout particulièrement modèle de la famille intronisante. On ne parle pas d’intronisation à propos de Marie. C’est Jésus qui est au coeur de la famille intronisante. Mais, en intronisant le Fils, on accueille la Mère, à sa place, la place de « l’humble servante »
Le père Mateo a toujours considéré l’œuvre de l’Intronisation comme une œuvre missionnaire. Pour réaliser son œuvre, il est parti de la famille, mais ne s’est pas arrêté à elle. Par l’Intronisation, reconnue et encouragée par tous les papes depuis son apparition, le père Mateo voulait convertir le monde, la société. Il voulait, famille par famille, rendre l’amour présent au monde, étendre, comme il disait, le « Règne social du Sacré Coeur ». L’Intronisation n’est pas une dévotion parmi d’autres. Elle est un acte de foi qui engage. L’amour est au coeur de la démarche de l’Intronisation. Cet amour, c’est celui du Coeur de Jésus. Nous l’avons dit, cet amour doit être reconnu, accueilli et contemplé. Mais il doit aussi être diffusé, répandu, partagé. L’amour contemplé et vécu doit devenir l’amour annoncé. La famille intronisante doit être missionnaire. Elle s’engage à passer de l’acte de foi à la foi en acte. Elle s’engage à aimer et à faire aimer le Coeur de Jésus.
Et de famille en famille, de proche en proche, c’est la société tout entière qui retrouvera le chemin de l’amour. C’est cela, la spiritualité de la Réparation, le « Règne social du Sacré Coeur », cher au père Mateo. C’est cela, la civilisation de l’amour en construction.


